Quartier Libre enquête : "Foi, croyance et vérité"
MAUDITS JOURNALISTES
Au centre de la bibliothèque exiguë dans laquelle il nous reçoit, surprise : une petite table sur laquelle est posé un exemplaire de Quartier Libre. « C’est tellement facile pour les médias de dénoncer une secte. Vous en raffolez », lance Denis Bricnet avant d’ajouter : «Vous savez, nous aimerions être critiqués pour ce que nous sommes, de manière raisonnée et raisonnable. Nous ne sommes pas une religion. »
Les multiples assertions souvent issues d’associations anti-sectes françaises ont souvent été relayés par les médias, sans toujours apporter les vérifications d’usage [lire page 15]. Le Quartier Libre, lui-même, en 1996, publiait un article intitulé « Quand une secte néo-fasciste recrute sur le campus de l’université ». On pouvait notamment y lire que «Nouvelle Acropole est une organisation sectaire, développant une idéologie raciste et un rejet viscéral de la démocratie ». Quand on demande à Denis Bricnet si le sentiment d’injustice qu’il décrit ne lui donne pas envie d’arrêter, il répond : « Nous prenons ça avec philosophie. »
LE MÉLANGE DES GENRES
Denis Bricnet n’est pas un philosophe au sens académique du terme. Étudiant en bio-générique en France dans les années 1970, il immigre au Canada quelques années plus tard avec sa femme,
Catherine Guillerme, et fonde, en 1984, la branche canadienne de la Nouvelle Acropole. Tous deux vivent de leur profession de formateurconférencier. Malgré un mélange des genres apparent, Denis Bricnet certifie que sa femme et lui ne font pas de promotion pour la Nouvelle Acropole dans le cadre de leur travail. L’inverse semble bien moins probable.
Un rapide comparatif entre les cours offerts par le couple au sein de la Nouvelle Acropole et dans le privé montre une très grande similitude. Ainsi, M.Bricnet offre des formations de communication orale sous ses deux casquettes et de Mme Guillerme délivre ses connaissances en morphopsychologie et en orientation de carrière dans les deux cadres, associatif et professionnel. Pour sa défense, M. Bricnet indique que sa femme et lui mettent leurs «qualification professionnelle au service de l’association ». Il jure ne jamais mentionner l’existence de Nouvelle Acropole dans le cadre de son travail et « tout [faire] pour que les gens n’aient pas connaissance de cette double activité ». La liste des conférences offerte sur le site de Nouvelle Acropole comprend pourtant des liens directs vers les sites professionnels de M. Bricnet et Mme Guillerme. Une rapide recherche à partir des URL des sites respectifs montrent au passage que le webmestre est étiqueté « New Acropolis ».
Les conférences et cours offerts par la Nouvelle Acropole sont divers et variés, allant de l’orientation de carrière à la philosophie orientale, en passant par le tai-chi et la nutrithérapie. Une exposition sur le thème du Seigneur des anneaux a même été offerte en 2002. Dans un article intitulé «Les stratégies de recrutement des groupes sectaires », paru dans la revue Religiologiques en 2000, Elisabeth Campos, chercheuse au Centre international de criminologie comparée de l’UdeM, citait le nom de la Nouvelle Acropole. Elle mentionnait que «certains groupes organisent des réunions autour de thèmes susceptibles d’intéresser un auditoire […]. Certains thèmes ont une grande portée, comme la vie après la mort, la transcommunication ou la réincarnation. […] Lors de ces regroupements, des membres prestigieux du groupe peuvent être invités à faire des discours. » En avril 2007, Catherine Guillerme offrait une conférence intitulée « Tibet et réincarnation ». Il était mentionné dans le descriptif que cette conférence répondrait notamment aux questions suivantes : « Comment rencontrer sa propre âme? » et « Qu’est ce qui arrive après la mort physique ? ».
Denis Bricnet et Catherine Guillerme, tout comme l’ensemble des enseignants de la Nouvelle Acropole, n’hésitent pas à se qualifier de professeurs de philosophie. Ils en ont le droit, indique Michel- Rémi Lafond, président du conseil d’administration de la Société de philosophie du Québec. Selon lui, « si on se place d’un point de vue académique, les cours de la Nouvelle Acropole ne relèvent pas de la philosophie ». M. Lafond prévient qu’il va soulever le point lors de la prochaine réunion de son organisation en mars.
L’UNESCO : LE FAUX AMI
Le 15 novembre 2007, on pouvait lire sur le site nouvelleacropole.org : « Nous célébrons la sixième journée mondiale de la philosophie sous l’égide de l’UNESCO». « Je condamne » répond Alysouk Lynhiavu, chargé des affaires publiques et coordonnateur national du réseau canadien des écoles associées de l’UNESCO lorsque l’on mentionne l’expression « sous l’égide ». « Nous avions déjà été approchés pour leurs évènements à Ottawa et on leur avait dit non.» En janvier 2005, déjà, l’UNESCO avait demandé à Nouvelle Acropole de retirer le lien vers son site Internet. Le souhait de la Nouvelle Acropole, selon son directeur, n’était que d’encourager les dons pour les victimes du tsunami de décembre 2004. Il semble qu’encore une fois, « la rumeur », comme il l’appelle, ait eu raison des Acropolitains.
HISTORIQUE
L’Organisation de la Nouvelle Acropole (OINA) a été fondée en 1957. La branche canadienne date de 1984.
NOMBRE DE MEMBRES
L’OINA revendique plus de 10 000 adeptes. Au Canada, il y a une centaine de membres, dont environ 50 à Montréal. Les membres se nomment des « Acropolitains ».
FORMATION
La formation acropolitaine comporte sept cycles de cours. Denis Bricnet, le directeur de la branche canadienne, n’a pas encore terminé son cinquième cycle.
MISSION
Le défi que s’est donné la Nouvelle Acropole et qui est indiqué sur le site de l’association est «de passer d’une culture conformiste, qui change en fonction des modes, à la réactualisation des valeurs essentielles de la philosophie, des sciences et des arts, pour trouver une nouvelle dynamique qui nous permette de construire l’avenir ». Denis Bricnet indique que la Nouvelle Acropole est une École de philosophie à la manière classique. «Nous faisons la promotion d’un mode de vie», indique-t-il.
EST-CE UNE RELIGION ?
Denis Bricnet avoue avoir « un intérêt pour l’ésotérisme » mais assure que la pensée acropolitaine « n’est pas une religion». Lors de notre venue dans les locaux de la rue Saint- Denis, nous avons remarqué un atelier de confection de statuettes ésotériques en terre cuite vendues quelques dizaines de dollars.
RÈGLEMENTS
Il existe un document interne mensuel nommé Le Bastion, que nous avons pu consulter sans possibilité d’en obtenir une copie. Il y était notamment écrit que les membres doivent «toujours mettre en avant [leur] être acropolitain, pour surmonter les frictions de la personnalité ». Denis Bricnet assure qu’il n’existe aucun règlement intérieur, sinon quelques principes tacites de respect.
BUDGET
60% du budget de Nouvelle Acropole Canada vient des cotisations (le tarif de base est de 50$ par mois). Denis Bricnet certifie qu’« il n’y a pas de dîme ». Il explique que le prix augmente en fonction de l’implication dans l’association.
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